Tourisme dans la région de Beni Mellal Khenifra : un appel à l’action
Le tourisme à Béni Mellal-Khénifra fait face à des dérives profondes : absence de concertation, greenwashing, gouvernance déconnectée du terrain. Cet appel à l’action invite à un sursaut collectif pour bâtir un tourisme durable, juste et ancré dans les réalités locales.
Auteur
Saïd Marghadi
Publié le
Juil 1, 2024

Regarder la réalité en face pour avancer
Il est temps de regarder en face les réalités inconfortables pour progresser. Aujourd’hui, je choisis de lever le voile sur des problèmes que beaucoup préfèrent ignorer, en espérant que ces mots susciteront des réactions.
Avant de tracer notre chemin vers l’avenir, il est essentiel de faire une pause et d’évaluer honnêtement où nous en sommes. Avant de remplir des présentations et feuilles de route sur PowerPoint trop souvent oubliées sur des ordinateurs — il est impératif de dresser un état des lieux sincère de ce qui a été accompli, et surtout de ce qui reste à faire.
Les grands absents des décisions touristiques
Il est regrettable de constater l’absence flagrante, lors de toutes les réunions officielles, des acteurs clés du tourisme :
guides, hébergements touristiques et transporteurs.
Où sont ceux qui vivent au quotidien les réalités du terrain ?
Ceux qui possèdent une connaissance intime des enjeux et sont capables d’identifier les véritables lacunes à combler pour un développement touristique réel et durable ?
Tourisme durable ou greenwashing ?
Le discours sur le tourisme durable dans notre région sonne trop souvent creux et relève d’un greenwashing à grande échelle.
Comment défendre une vision de développement durable lorsque les pratiques actuelles ne la reflètent en rien ?
Les touristes sont de plus en plus conscients des enjeux socio-environnementaux et perçoivent rapidement l’incohérence entre les discours et la réalité du terrain.
Rénovation touristique sans transition écologique
À l’échelle nationale et régionale, le Maroc a consacré d’importants budgets à la rénovation des hébergements touristiques après la crise du Covid.
Mais dans un contexte de dérèglement climatique et de raréfaction des ressources (eau, électricité), quelles sommes et quelles actions ont réellement été consacrées à :
- la rénovation énergétique des hébergements,
- les économies d’énergie (solaire, isolation),
- la lutte contre les fuites d’eau,
- la gestion raisonnée de l’arrosage,
- la réduction de la consommation d’eau ?
Malheureusement, la réponse semble être un désolant zéro.
Une urgence hydrique imminente
Dans un avenir très proche, nous serons confrontés à des choix cruciaux :
devrons-nous privilégier l’eau pour la population locale ou pour les touristes ?
Des actions doivent être engagées en urgence afin d’éviter une crise majeure qui nuirait durablement à l’image du Maroc.
Gouvernance et conflits d’intérêts au sein du CRT
Aujourd’hui, le Conseil Régional du Tourisme Béni Mellal–Khénifra semble utilisé à des fins purement personnelles.
Une seule structure concentre l’ensemble des événements organisés par le CRT (réunions, workshops, eductours…), et toute la communication souvent artisanale gravite autour de cette même entité.
Ce conflit d’intérêts manifeste entrave le développement et le rayonnement du tourisme régional.
Jusqu’à quand cette situation va-t-elle perdurer ?
Une institution déconnectée du terrain
Le CRT Béni Mellal–Khénifra apparaît largement déconnecté :
- des préoccupations des professionnels,
- des enjeux nationaux et internationaux du tourisme,
- des réalités vécues sur le terrain.
Les réunions et assemblées générales se tiennent dans l’ombre, loin des acteurs concernés.
Même si les résultats semblent parfois connus à l’avance, la simple convocation de l’ensemble des professionnels, indépendamment des élections, devrait être un minimum en 2024.
Communication dépassée et manque de vision
Sur le terrain, l’absence d’actions coordonnées est flagrante.
Les brochures papier, vestiges d’une époque révolue, ne suffisent plus à promouvoir efficacement la région.
Les outils de communication sites web, réseaux sociaux — semblent figés dans le temps, loin de refléter :
- le potentiel réel du territoire,
- les contraintes de la concurrence touristique actuelle.
Une région sous-représentée
La région de Béni Mellal–Khénifra, aussi vaste qu’un pays de l’Union européenne, mérite un Centre Régional du Tourisme représentatif de l’ensemble des professionnels locaux.
Il est absurde de voir, sur les stands des salons, des représentants qui ne connaissent pas réellement la région.
Malgré des moyens importants, le CRT ne parvient même pas à rivaliser avec un petit office de tourisme d’un village de 1 500 habitants dans les Alpes françaises ou suisses.
Le Geoparc M’Goun : un potentiel en panne
Le Geoparc M’Goun, censé être un moteur de développement socio-économique, semble aujourd’hui paralysé, pris en otage par des intérêts obscurs et politiques.
Les réunions se déroulent loin des professionnels et de la société civile, tandis que les seules réalisations visibles sur le terrain se résument à des panneaux métalliques rapidement dégradés par le soleil, à renouveler tous les six mois.
Le Geoparc est devenu, pour certains, un simple prétexte à des déplacements à l’étranger financés par l’argent public.
Privilégier l’action aux discours
Je suis conscient des difficultés que représente le travail collectif au Maroc.
Mais je reste convaincu que l’action sur le terrain, aussi modeste soit-elle, vaut mieux que des débats stériles enfermés dans des salles de réunion.
Je suis un homme d’action.
Mes critiques ne visent ni des personnes ni des institutions, mais traduisent une volonté sincère de voir notre région et notre pays progresser.
Agir maintenant, ensemble
Dans tous les secteurs, le développement repose sur :
- des idées novatrices,
- une volonté inébranlable,
- une gouvernance éthique.
Les intérêts personnels n’ont pas leur place dans l’action publique.
Je préfère un homme d’action, même maladroit, à un homme de parole.
Car de l’action naît toujours quelque chose, tandis que les discours ne laissent souvent que des souvenirs éphémères.
Le développement est une histoire d’idées des idées vivantes, évolutives et surtout agiles.
Il est urgent d’agir ensemble, dès aujourd’hui, pour bâtir un tourisme local durable et prospère, à la hauteur du potentiel de notre région et des attentes de ses habitants.

