Blog

Dans le Haut Atlas, une autre idée du voyage

À Touda, l’histoire ne s’arrête pas à la porte de l’écolodge. Elle continue dans les villages, dans les champs, dans les cuisines, dans les bocaux de confiture et dans les projets menés avec les habitants de la vallée.

Randonneurs et mule chargée sur un sentier de montagne près de Touda, dans la vallée des Aït Bougmez

Il faut parfois prendre de la hauteur pour comprendre une histoire.

Dans la vallée des Aït Bougmez, au cœur du Haut Atlas marocain, les montagnes dessinent un paysage spectaculaire. Les villages de terre semblent accrochés aux pentes, les champs suivent les méandres de la vallée et, au printemps, les vergers apportent leurs touches de vert à ce décor minéral.

C’est ici qu’est née, au fil des années, une aventure un peu particulière.

Elle a commencé avec Touda Écolodge, un lieu imaginé pour accueillir des voyageurs autrement.

Elle s’est prolongée avec Terre de l’Atlas, pour valoriser les produits et les savoir-faire agricoles de la vallée.

Et elle s’est structurée autour de L’Arbre du Voyageur, une association engagée dans des projets sociaux, culturels et environnementaux.

Trois noms. Trois activités. Mais une même histoire.

Et surtout, une même question : comment faire du tourisme une chance pour un territoire, plutôt qu’une simple destination touristique ?

Touda : tout commence par une rencontre

L’histoire de Touda commence en 2007, avec une rencontre entre Saïd et Ali.

L’idée paraît simple : créer une maison d’hôtes dans le Haut Atlas.

Mais très vite, le projet prend une autre dimension.

Il ne s’agit pas seulement de construire quelques chambres pour accueillir des voyageurs. L’ambition est de créer un lieu de rencontre, capable de faire découvrir la culture amazighe, la vie de la vallée et les paysages du Haut Atlas tout en restant profondément ancré dans son environnement.

Le terrain choisi se trouve à Zawyat Oulmzi, légèrement à l’écart du village, avec une vue dégagée sur la vallée.

Et dès le départ, un choix est fait : ne pas construire une route pour rejoindre le futur écolodge.

Les matériaux sont transportées à dos de mulet. Une grande partie du chantier est réalisée par des artisans de la région. La construction avance avec les savoir-faire locaux et au rythme de la montagne.

Touda ouvre finalement ses portes en 2008.

Cette histoire explique beaucoup l'atmosphère du lieu aujourd'hui.

Touda n'a pas été posé dans la montagne.

Touda est né de la montagne.

Une maison face aux montagnes

Séance de yoga dans la grande salle vitrée de Touda Écolodge, face aux montagnes du Haut Atlas

Il y a des endroits où l’on vient essentiellement pour dormir.

Et puis il y a ceux où l’on vient pour ralentir.

Touda appartient clairement à la seconde catégorie.

L’architecture, les matières, la lumière et les grandes ouvertures ont été pensés pour laisser entrer le paysage.

Ici, la vallée n’est pas un décor que l’on regarde depuis une fenêtre.

Elle fait partie de l’expérience.

Le matin, les montagnes donnent le rythme de la journée.

Un peu plus tard, les chemins invitent à partir marcher.

Puis vient le moment de revenir, de prendre un thé, de s’installer sur une terrasse, de profiter d’un hammam ou simplement de regarder la lumière changer sur les sommets.

C’est probablement là que se trouve l’une des plus grandes richesses de Touda : le temps.

Le temps de marcher.

Le temps de manger.

Le temps de discuter.

Le temps de ne rien faire.

Et peut-être surtout, le temps de regarder.

L’hospitalité comme philosophie

Randonneurs s’entraidant pour traverser un lit de rivière dans la vallée des Aït Bougmez

À Touda, l’hospitalité s’inspire directement de valeurs profondément présentes dans la culture amazighe : l’accueil, la générosité et le partage.

L’objectif n’est pas de fabriquer une expérience touristique artificielle, mais de permettre aux visiteurs d’entrer, pendant quelques jours, dans une autre manière de vivre la montagne.

Les équipes sont originaires de la région ou travaillent depuis longtemps avec elle.

Ahmed est arracheur de dent, berger, paysan et accompagnateur sur les chemins.

Nejma est la reine à la cuisine .

Zakaria, guide, contribue à l’accueil mais aussi à raconter le territoire en images.

Et Saïd, à l’origine de Touda, poursuit cette volonté de faire du Haut Atlas un territoire où tourisme, culture et développement peuvent avancer ensemble.

Cette dimension humaine est essentielle.

Parce qu’au fond, un voyage dans l’Atlas ne devrait pas seulement être une collection de paysages.

Ce sont les rencontres qui donnent une histoire aux paysages.

Du potager à l’assiette

Cette philosophie se retrouve jusque dans la cuisine.

Touda dispose de son propre potager et cherche à travailler au plus près des produits disponibles dans la vallée et au rythme des saisons.

C’est une cuisine qui raconte le territoire.

Et c’est précisément ici qu’une autre partie de l’histoire commence.

Car si l’on veut réellement valoriser un territoire, il ne suffit pas de faire découvrir ses produits aux voyageurs pendant leur séjour.

Il faut aussi permettre à ces produits de trouver leur place dans une économie locale.

C’est l’une des raisons d’être de Terre de l’Atlas.

Terre de l’Atlas : quand le terroir devient une histoire à emporter

Imaginez un petit-déjeuner à Touda.

Du pain.

Du beurre.

Un thé.

Et un pot de confiture.

Mais derrière ce pot, il y a un verger, un producteur, une récolte, une recette et un savoir-faire.

C’est tout le principe de Terre de l’Atlas.

Installée à Zawyat Oulmzi, au sein de la Coopérative Bogmaz, la structure transforme des productions du terroir en jus, confitures, compotes, vinaigres, fruits au sirop et légumes en bocaux.

Des recettes qui permettent de découvrir une autre facette du Haut Atlas : celle qui se goûte.

Les produits sont fabriqués artisanalement, sans conservateurs pour les jus présentés sur le site, et les différentes productions permettent de valoriser la diversité agricole du territoire.

Derrière les produits, des femmes et des hommes

Étagères de confitures, jus et bocaux Terre de l’Atlas à la coopérative de Zawyat Oulmzi

C’est peut-être ce qui rend Terre de l’Atlas particulièrement intéressant.

Parce qu’une marque de produits du terroir peut facilement devenir une simple histoire de packaging et de marketing.

Ici, l’objectif affiché est différent : faire vivre une économie locale en valorisant ce qui pousse déjà dans la vallée et les savoir-faire de celles et ceux qui y travaillent.

Nejma, par exemple, est au cœur de la production. Elle participe à la transformation des produits tout en étant également cuisinière à Touda.

Ahmed est à la fois berger, paysan et guide.

Youssef est agriculteur et guide de montagne, et fournit notamment des pommes issues de l’agriculture biologique.

Zakaria représente une nouvelle génération attachée à son territoire.

Et Saïd est à l’initiative du projet, avec l’idée de renforcer les liens entre agriculture, territoire et économie solidaire.

Tout devient alors plus clair.

Le produit n’est pas séparé du territoire.

Il en est une expression.

Et si le voyage pouvait aussi être utile ?

Échange entre l’équipe de Touda et des habitants de la vallée dans une salle communautaire

Il reste pourtant une question.

Que se passe-t-il lorsque les voyageurs repartent ?

La vallée continue de vivre.

Les enfants continuent d’aller à l’école.

Les familles continuent de travailler.

Les difficultés sociales et économiques ne disparaissent pas parce qu’un voyageur a passé quelques nuits dans un bel écolodge.

C’est ici qu’intervient L’Arbre du Voyageur.

Créée par Touda Écolodge, l’association a pour objectif de promouvoir un tourisme responsable dans le Haut Atlas, et plus particulièrement dans la vallée des Aït Bougmez. Elle cherche à soutenir des pratiques touristiques qui respectent l’environnement, les populations et contribuent au développement social, culturel et économique du territoire.

L’idée est importante :

ne pas seulement parler de tourisme responsable, mais essayer de lui donner une réalité concrète.

L’éducation, la santé et l’avenir

Femmes de la vallée des Aït Bougmez réunies pour une séance d’information dans une salle communautaire

L’Arbre du Voyageur porte notamment des projets autour de l’éducation, de la santé et du développement local.

L’association cherche à accompagner les communautés rurales et à permettre aux populations, notamment aux jeunes, de disposer de davantage de possibilités pour construire leur avenir.

C’est une autre façon de considérer le rôle du voyageur.

Il ne vient pas simplement « consommer » une destination.

Il peut aussi contribuer à son développement.

Pas nécessairement en faisant de grandes choses.

Parfois, cela commence simplement par choisir une structure locale, dormir plusieurs nuits dans une vallée plutôt que de la traverser rapidement, faire appel à un guide du pays, acheter un produit fabriqué localement ou s’intéresser à la vie des personnes qui habitent ici toute l’année.

Le voyage devient alors une relation.

Une seule équipe, une seule racine

C’est là que l’histoire de Touda devient particulièrement intéressante.

Car il serait facile de présenter Touda, Terre de l’Atlas et L’Arbre du Voyageur comme trois projets indépendants.

Ce serait passer à côté de l’essentiel.

Ils sont liés par une même équipe, une même histoire et surtout une même philosophie.

Touda accueille les voyageurs.

Terre de l’Atlas valorise les ressources du territoire.

L’Arbre du Voyageur accompagne des projets qui cherchent à renforcer la vie locale.

Trois façons de travailler avec la même vallée.

Trois manières de créer de la valeur sans chercher à dissocier l’activité économique de la réalité sociale et environnementale.

Une boucle plutôt qu'un modèle

Illustration du cycle de Touda Écolodge : arrivée dans la vallée, séjour, randonnées, produits Terre de l’Atlas, actions de L’Arbre du Voyageur et préservation du territoire

On pourrait presque représenter cette aventure comme une boucle.

La montagne produit.

Les agriculteurs cultivent.

Terre de l’Atlas transforme.

Touda cuisine et accueille.

Les guides font découvrir les sentiers.

Les voyageurs rencontrent les habitants.

Une partie de cette activité crée des revenus locaux.

L’Arbre du Voyageur soutient des initiatives pour le territoire.

Et le territoire, à son tour, continue de nourrir l’expérience proposée aux voyageurs.

Tout est lié.

C’est cette interdépendance qui donne son sens au projet.

Une histoire qui continue

L’aventure commencée avec Touda n’est donc pas terminée.

Elle continue à travers Terre de l’Atlas.

Elle continue avec L’Arbre du Voyageur.

Elle continue avec les producteurs, les guides, les artisans, les cuisinières, les agriculteurs et les jeunes de la vallée.

Et elle continue chaque fois qu’un voyageur choisit de prendre le temps de découvrir le Haut Atlas autrement.

Parce qu’au fond, la question n’est peut-être pas seulement :

« Où vais-je voyager ? »

Mais plutôt :

« Quelle trace mon voyage laisse-t-il derrière moi ? »

Dans la vallée des Aït Bougmez, une équipe a choisi d’essayer d’y répondre depuis près de vingt ans.

En accueillant.

En partageant.

En produisant.

En transmettant.

Et en construisant, petit à petit, une autre idée du voyage.

Une idée où la beauté d’un lieu ne se mesure pas seulement à ce que l’on peut y voir, mais aussi à ce que l’on peut contribuer à y faire vivre.

Comment réduire son impact écologique en voyage ?

Âne et personne près d'un tonneau dans un paysage désertique marocain aride

Jan 4, 2019

Par Saïd Marghadi

Lire La suite

Sourires, Immersion et Partage

Randonneurs dans un village berbère traditionnel du Haut Atlas marocain

Mar 23, 2018

Par Saïd Marghadi

Lire La suite

Dans le Haut Atlas, une autre idée du voyage

Randonneurs et mule chargée sur un sentier de montagne près de Touda, dans la vallée des Aït Bougmez

26 Septembre 2026

Par Saïd Marghadi

Lire La suite
Tripadvisor 2026